Vers la méditation

Posture immobile du retrait par rapport à notre vie plus ou moins agitée, elle est ancrée dans le silence (quoique le silence en tant que tel n’existe pas), dans la vacuité (quoique la vacuité en tant que telle n’existe pas) : à rebours de toutes ces formes de séduction du monde moderne suscitées par l’avidité, l’argent, le pouvoir ou l’affirmation de soi, l’assise en vient à laminer l’esprit d’emprise (sur soi, sur les autres, sur le monde). N’importe quel coussin suffit, il n’y a pour méditer ni tenue, ni matériel : il suffit de s’asseoir à sa convenance en lotus, demi-lotus ou sur une chaise, (dos droit, nuque étirée, nez pêchant le nombril et pouces joints ou mains posées sur les cuisses)… Simultanément un relâchement nous ancre, une énergie ascendante nous dresse… la présence dégagée de soi laisse les pensées circuler et s’évanouir.

Cette posture ne cesse d’expérimenter un « souviens-toi que tu meurs » qui laisse éclore la plénitude de la vie : chaque inspire ouvre au premier (celui de la naissance), chaque expire achemine au dernier (celui de la mort). La respiration laisse ainsi ressurgir des nappes phréatiques de l’être un réveil, une résurrection, une grâce au-delà de tout mot. La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit. Aussi l’attention première est-elle souvent portée sur le souffle qui ranime… et finit parfois par s’effacer dans un souffle embryonnaire qui fait place à la lumière (quoique cette lumière en tant que telle n’existe pas). 

Pour laisser circuler ce souffle (fût-il ténu), pour laisser advenir cette lumière (fût-elle obscure),  il y faut cette posture bien concrète, ce corps-à-corps qui permette à l’esprit-corps de s’établir dans son axe : en lui l’écoulement vers la terre, l’élévation vers le ciel. L’embrassement harmonieux de la terre par le ciel donne vie. En lui je suis (sans moi) le chemin, la vie. En tout être la vie. C’est simple et miraculeux, d’une extrême simplicité et si difficile à dévoiler dans la jungle de nos illusions, de nos crispations, (toutes ces tensions, pensées, émotions de l’esprit aux abois incrustées dans l’inconscient, dans les tendons et les muscles, les os et les chairs).

L’assise, loin d’être juste une pratique de bien-être, ouvre la voie au travail sur soi qui se fait souterrainement, parfois douloureusement mais souverainement, sans le moindre but. Prendre la posture nécessite une confiance, un rythme, une volonté, une foi sans failles ni croyances en l’être total où tout conflue, de qui tout provient, une communion silencieuse au souffle qui soutient notre existence précaire parmi tous les êtres (les animaux, les plantes, les choses…).

Qu’on le veuille ou non, cette assise ouvre à une inconcevable gratitude, à une profonde salutation sans personne à saluer si ce n’est la grande présence : on pourrait saluer tout être. L’esprit-corps se prosterne devant la vie qui nous lave – on la laisse fleurir et se répandre, (par-delà le désespoir de vivre au sein d’une modernité qui l’abime) : la vie, (fût-elle maltraitée), ne cesse de se renouveler, elle est inépuisable !

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