La méditation se situe par-delà toute forme, par delà donc toute religion. S’asseoir, c’est rentrer chez soi. Trouver le maître, cela signifie avant tout se trouver, s’accorder à soi et au monde.
Ce qu’on appelle « méditation » n’en a pas moins un background au sein de tous les grands courants religieux. Par delà le christianisme et l’islam, deux approches orientales voisines, taoïste et bouddhiste, ont beaucoup modifié l’approche qu’on pouvait en avoir en occident : à la dimension spirituelle s’entrelace dorénavant une dimension corporelle.
En « version taoïste » le corps-montagne s’élève, laisse couler sa chevelure et ses rivières dans ses vallées, l’eau nourrissant la terre remonte au ciel arroser les montagnes… L’eau des reins refroidit le feu du coeur, le feu du coeur réchauffe l’eau des reins : le corps-esprit ainsi s’unifie au monde.
En guise de préalable, le yi (l’intention) laisse couler les tensions : il s’agit de sombrer dans les méandres du corps jusqu’à ce que l’esprit soit incorporé, (chaque pli et repli du corps abritant des âmes, des esprits ou des dieux…). Dès lors le travail commence comme une petite alchimie intérieure pour transmuer le jing / l’essence (la matière, les reins, la Terre) en qi / le souffle, (le coeur, l’Homme) – puis le qi en shen / l’esprit (le Ciel) – enfin, ultime étape et à notre insu, se transmue le shen en vacuité : l’esprit, devenu miroir de l’Esprit Un, s’accorde au Dao / la voie, retrouve le Ziran / le spontané, le naturel.
En « version bouddhiste » la coloration est différente, plus axée sur l’esprit. Fût-il ordinaire, il laisse se dévoiler en lui un Esprit vaste et sans trace qui ne cesse d’être là. Où qu’il soit, le méditant peut ainsi faire l’expérience du Réel : la pratique arrache les mauvaises herbes de l’esprit, laisse couler ses rivières de la source du grand vide qui lave l’esprit-corps de fond en comble, l’unit à tout (comme la Terre est unie au Ciel),ouvre l’espace du dehors au dedans, du dedans au Grand Dehors.
L’esprit se fait ainsi miroir de l’Esprit jusqu’à ce que le corps soit « spiritualisé », (contaminé par le vide et sa lumière), au point qu’en chacune de ses parcelles il puisse aménager ses clairières, nettoyant d’abord les tendons et les muscles – puis les os et les moelles – jusqu’à s’alléger en vacuité, se libérer en éveil.
Il ne s’agit là que de mots : la pratique exige une patiente expérimentation, chaque jour recommencée. Elle n’est pas une solution magique, peut être parfois douloureuse : rien d’extraordinaire n’arrive, mais dans ce rien s’éveillent une plénitude et une attention à ce et ceux / celles qui nous entourent. Égrainée dans le quotidien, elle finit par offrir une saveur à notre existence. L’esprit bien vidé s’incarne : de la moindre petite chose on peut alors s’émerveiller.
